Siroé - Silène : l’univers textile où chaque pièce est unique
Dès le début du projet, l’idée de réaliser des t-shirts s’est imposée rapidement. Nous souhaitions donner une nouvelle vie à des dessins réalisés il y a plusieurs années : des fragments de souvenirs, des balades dans les rues, des visites de musées, des détails marquants glanés au fil du temps. En échangeant avec Silène, l’idée de transformer ces dessins en broderies est apparue. Elle a proposé de réaliser des tests et des prototypes afin d’explorer cette possibilité. Nous avons consacré une journée entière à ces essais, et c’est ainsi que les t-shirts ont pris forme.
Récemment, Silène a ouvert sa boutique rue Haute, à Bruxelles. Nous y avons observé la réalisation d’une broderie sur t-shirt et profité de l’occasion pour lui poser quelques questions sur son univers. Car la broderie ne représente qu’une partie de son travail : dans sa boutique — et sur son site — on découvre une sélection de créations textiles entièrement confectionnées par ses soins.
C’est un peu par hasard que tout a commencé pour Silène. « J’ai fait un burn-out, et pendant mon arrêt maladie, ma psy m’a dit : il faut absolument que tu fasses une activité créative. Je faisais déjà de la couture, mais en autodidacte : tentures, coussins, objets simples… jamais de cours, jamais de structure. Alors j’ai commencé la couture, un peu par hasard… et j’ai vraiment accroché. »
Au début, c’était difficile : épuisement, concentration fragile… mais le geste l’apaisait. Coudre est devenu un refuge. Et puis, lors d’un stage de réorientation professionnelle, elle a compris : la couture, c’est vraiment quelque chose dans lequel je me sens bien. Jusqu’alors, elle pensait qu’un métier devait juste être rentable, pas nécessairement épanouissant. Elle a découvert qu’on pouvait allier passion et travail.
« Le projet s’appelle Siroé — les premières lettres de mon prénom et de mon nom. Chaque création est personnelle. Même les broderies personnalisées, où le client choisit motifs et couleurs, reflètent cette idée : je veux que chacun ait une expérience similaire à la mienne, un objet qui lui correspond vraiment. »
L’inspiration de Silène est partout. « J’aime les couleurs, les associations surprenantes, le mélange des matières et le travail du volume. Liège, laine bouillie, textiles structurés… ces matières donnent du relief à mes créations. Mon regard est nourri par ma formation en histoire de l’art, par les lieux que j’ai visités, par les jardins, par les tableaux… tout ça nourrit mes idées, même si c’est inconscient. »
Elle aime particulièrement les années 60 : « Leurs formes, leurs volumes, leur style. Certains me disent que mes créations sont “démodées”, moi je préfère dire qu’elles sont intemporelles. »
Quand une idée germe, Silène commence par un patron et une première pièce. « Ensuite, je teste, je retravaille, je recommence. Les tissus sont d’abord choisis selon ce que j’aime, mais je pense aussi à ceux qui porteront la pièce. Parfois, un tissu que je n’aimais pas au départ se révèle magnifique une fois cousu. L’accident devient souvent découverte, et c’est une part essentielle de mon processus. »
Son environnement de travail influence beaucoup sa concentration et son énergie. «J’aime créer avec de la musique, mais ce n’est pas toujours possible dans la boutique. La solitude fait partie du métier : elle permet la concentration et le calme. Mais j’aime aussi échanger avec d’autres créateurs et discuter avec les clients. Ces rencontres complètent les moments où je suis seule à créer. »
Créer ne se limite pas à coudre. L’administratif, la gestion de la boutique, la communication prennent beaucoup de temps. Coudre devient un moment précieux, presque un privilège, et c’est ce qui rend le geste encore plus significatif.
Pour ses créations, il y a toujours un équilibre entre ses goûts et ceux des clients. Certains objets sont modulables : broches, boutons, bandeaux… Ils peuvent être personnalisés pour que chacun trouve sa version, mais Silène reste fidèle à son univers. Les demandes extérieures ne diluent jamais sa vision.
Créer apporte à Silène du calme, de l’énergie et du plaisir. Même si le métier est exigeant et que les doutes existent — sur la légitimité, sur le regard des autres — elle revient toujours à l’essentiel : ce travail lui correspond. La réussite, pour elle, ce n’est pas un seul indicateur. « C’est voir mon projet évoluer : de nouveaux modèles, des clients qui reviennent, une boutique qui s’agrandit. Chaque progrès compte. »
« Quand je couds, le temps disparaît. Créer, c’est me retrouver et faire plaisir aux autres en même temps. »